lundi 21 février 2011

Old Boy // Chan Wook-Park

1988, Corée du Sud. Oh Dae-Su, père de famille sans histoire, disparaît en pleine rue.
Il est enfermé dans une chambre avec une télévision pour seul contact sur le monde extérieur.
Tous les jours, il est endormi, nourri et lavé par ses mystérieux gardiens.
15 ans plus tard il est relâché, ivre de vengeance, sur le lieu de son kidnapping.
Son téléphone portable retentit. A l'autre bout du fil, une voix donne le départ d'un terrible jeu : "Tu dois maintenant chercher qui je suis et pourquoi je t'ai emprisonné pendant 15 ans".


Mon avis :
Film choc du Festival de Cannes 2004, Old Boy avait remporté le Prix Spécial du Jury et manqué de peu la Palme au détriment de Farenheit 9/11.
D'une grande maîtrise plastique et technique, Old Boy appartient à la catégorie des films à énigme comme Usual Suspects ou Le Sixième Sens, avec une révélation finale à la clé.
Le principal intérêt du film est donc le suspense autour du mobile de l'enlèvement d'Oh Dae-Su.
La traque du kidnappeur et l'intrigue policière balancent entre l'hystérie tarantinesque et la noirceur fitcherienne, le tout nimbé dans un style mangasiatique.
C'est fable sur la vengeance est un bon condensé des meilleures tendances du cinéma des années 90 et 2000.

Avec : Choi Min-shik, Yoo Ji-Tae, Kang Hye-Jeong, Ji Dae-Hang
Scénario : Chan-Wook, Park Jo-Yoon Hwang, Joon-Hyung
Pays: Corée du Sud
Année : 2004

dimanche 13 février 2011

Steve McQueen // Hunger

Hunger est un film sur la résistance, en l'occurrence celle des prisonniers politiques de l'IRA en plein règne inflexible de Thatcher en 1981.

Le film se divise en trois actes.

La première partie décrit l'incarcération du jeune Davey Gillen dans la prison de Maze en Irlande du Nord.

Le nouveau détenu refuse de porter l'uniforme des prisonniers de droit commun.

C'est donc nu qu'il gagne l'aile réservée aux militants de l'IRA et la cellule qu'il partagera avec Gerry Campbell, condamné à douze ans de réclusion.

Ce dernier l'initie aux subtilités de la "Grève de la Couverture et de l'Hygiène" ("Blanket and No-Wash Protest") qui consiste à refuser de se laver et à porter pour seul vêtement une couverture.
L'objectif est de mener une guerre symbolique contre l'autorité (de la prison, des forces occupantes britanniques) afin que le statut de prisonnier politique, et donc la légitimité de leur action de résistance, leur soit officiellement reconnue.

Les détenus organisent une tension permanente contre leurs geôliers : ils recouvrent les murs des cellule de leurs excréments et construisent des rigoles pour évacuer leur urine dans les couloirs.

Ils parviennent également à communiquer avec les responsables du parti en passant des messages lors des visites de leurs proches.

Un message est ainsi transmis à Bobby Sands, figure de l'IRA et leader des détenus politiques, qui lui demande de stopper le "Blanket Protest", jugé inopérant à faire plier l'administration Thatcher et contre-productif médiatiquement. C'est l'occasion d'ouvrir le second acte du film.

Dans un premier temps, Bobby Sands cède à contre-coeur à la demande de la hiérarchie.
La direction de la prison propose aux prisonniers des uniformes ridicules.

Une émeute éclate et est violemment réprimée par les gardes. Retour à la case départ.

Bobby Sands s'entretient alors avec le père Dominic Moran et lui annonce qu'il s'apprête à entamer une nouvelle grève de la faim afin d'obtenir un statut à part pour les prisonniers politiques de l'IRA.
S'ensuit une longue joute verbale entre les deux hommes sur la finalité de la démarche, son efficacité et le poids des conséquences.

La grève de la faim a bien lieu. C'est l'objet du troisième acte qui décrit la longue dégradation du corps de Bobby Sands, jusqu'à sa mort.

Mon avis :

Voici un film intéressant à bien des égards.

L'évocation du "Blanket Protest" et des conditions de détention des membres de l'IRA est instructif.

Le film dénonce fermement la position du gouvernement britannique : les extraits non commentés des discours inflexibles et méprisants de Thatcher, placés dans des moments de tension, sont particulièrement efficaces.

Néanmoins, le film ne bascule pas dans le manichéisme. Le sort des gardiens-tortionnaires, confrontés sur le terrain aux conséquences humaines d'une politique décidée en haut-lieu, semble tout aussi peu enviable (du moins sur le plan moral) que celui des détenus. 
La violence infligée aux prisonniers finit par les contaminer. Le film insiste notamment sur le parcours d'un gardien déshumanisé (le regard vide, consommant ses repas de façon automatisée), vivant dans la terreur permanente d'un attentat, les poings traumatisés par les coups, et qui finira exécuté par un partisan de l'IRA (comme beaucoup de ses homologues). A la fin du film, l'infirmier en charge de Bobby Sands est surveillé par un militant unioniste et fouillé comme le serait un détenu.

Le second acte, centré sur l'argumentation politique de la grève de la faim, et constitué par le long débat entre Bobby Sands et le prêtre, est moins convaincant et définitivement trop long.

Par contraste, dans le troisième mouvement, la parole est quasiment absente.
La dégradation du corps multiplie les références christiques et concentrationnaires.
D'une grande force, le dernier acte, qui revient à la démonstration par les symboles, finit par emporter l'adhésion.

L'interprétation, notamment de Michael Fassbender pour Bobby Sands, est remarquable.

Le film a remporté la Caméra d'Or au festival de Cannes 2008.

L'interview de Steve McQueen au Monde.


Film britannique de Steve McQueen avec Michael FassbenderLiam CunninghamStuart Graham. (1 h 40.)

samedi 12 février 2011

Kaydara

Vu sur Tracks, le magazine d'Arte consacré aux cultures underground, la bande annonce du moyen métrage Kaydara d'Alexandre Rodriguez et Savitri Joly-Gonfard.

Les deux acolytes avaient déjà réalisé Ratrix Hero, un court-métrage situé dans l'univers Matrix.

L'intrigue de Kaydara se situe entre Matrix Reloaded et Matrix Revolution.

Quand on connaît la modestie des moyens à leur disposition (l'émission montre comment ils ont fabriqué les maquettes d'artillerie à base de ventilateurs et de boîtes d'oeufs) dans leur "studio" monté dans les alpages et leur abnégation (plus de vie sociale depuis 6 ans qu'ils triment sur le film), on ne peut que saluer leur courage et leur passion pour le cinéma.

Le résultat, qui mixe le meilleur des effets spéciaux, est surprenant.