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jeudi 5 janvier 2012

Andreas // Rork (T7) Retour



A la fin de chaque album de la série, les nouveaux personnages rencontrés par Rork conviennent de se retrouver "chez Rork".

Dans Retour, tous se retrouvent à New York.

Les mystères disposés tout au long de la saga sont résolus dans ce dernier volume.

Andreas avait tant de choses à exprimer qu'il souhaitait conclure avec un super-album mais y renonça finalement devant le supplément sur le prix de vente exigé par Le Lombard.

C'est pourquoi Retour est beaucoup moins aéré que le reste de la série, Andreas tentant de réduire la taille des cases afin d'utiliser au maximum l'espace de chaque page.

Au final, devant la foule d'information délivrée à travers un schéma complexe combinant intrigues parallèles et flashbacks, le résultat est confus et exige une grande concentration de la part du lecteur.

Il n'en reste pas moins que Retour est une digne conclusion de cette flamboyante saga.

L'épilogue, symbolique et mystique, est d'une beauté intellectuelle dans son sens de la synthèse, d'une simplicité et d'une maîtrise à couper le souffle.

mercredi 12 octobre 2011

Andreas // Rork (T6) Descente



L'histoire

Rork est attiré dans le cercle polaire par une mystérieuse météorite.

Il découvre le corps de cinq explorateurs dans un état comateux.


Mon avis

Pour l'avant dernier épisode de la série, Andreas sort les gros moyens.

Descente est certainement l'album le plus travaillé de la saga dans la narration et le découpage des planches, à partir d'une histoire très simple.

La page 17 par exemple illustre le talent d'Andreas pour guider l'oeil du lecteur dans le mouvement du personnage :


Les planches multiplient les prouesses graphiques. parmi tant d'autres on peut citer les pages 36-37, qui font écho au travail de Lumière d'Etoile.


La "descente" dans la météorite est en bien entendu une métaphore de la démarche introspective de Rork qui s'interroge tout au long de son exploration de la météorite sur le sens de ses aventures.


Rork fait enfin la connaissance des derniers personnages qui orchestreront la fin chorale de la série.

lundi 19 septembre 2011

Andreas // Rork (T5) Capricorne



L'histoire

Comme il l'avait promis à la fin de Lumière d'Etoile, Rork conduit Sy-Ra, fille de Deliah Darkthorn, à New-York, pour rencontrer Capricorne et tenter de la réveiller de son état cataleptique.

Mon avis

Capricorne est un épisode décisif de la série Rork.

Pour la première fois, les révélations s'enchaînent sur le héros : la signification du mot "Rork", son origine "extra-terrestre", la perspective de la Descente et du Retour, le rôle du Cube Numérique...

L'identité des Menteurs de Vries, les geôliers de Rork durant sa suspension entre les mondes, est révélée.

L'album est l'occasion de découvrir une rafale de nouveaux personnages dont Manga, énigmatique expert en arts martiaux, ou Mordor Gott, ennemi juré de Capricorne.
Ce dernier fera l'objet d'un sequel épique, amorcé dans les 5 planches de prologue de l'album qui annoncent les premiers actes de la nouvelle saga.

L'accélération se ressent aussi dans une action beaucoup plus marquée que dans les précédents épisodes.

Andreas continue de multiplier les prouesses graphiques.

La série continue donc sa montée en puissance et amorce avec Capricorne la conclusion du cycle.

jeudi 11 août 2011

Andreas // Rork (T4) Lumière d'Etoile

  
L'histoire :

A peine sorti de son aventure amazonienne du Cimetière des Cathédrales, Rork débarque au Mexique et reçoit une mystérieuse invitation à rejoindre un village isolé dans le désert.

Il y retrouvera Low Valley dont il avait perdu la trace lors de son dernier Passage et participera à une  expérience ésotérique et cosmique nimbée de Lumière d’étoile aux pouvoirs extraordinaire.
 
 
Mon avis : 

Contraste, continuités et transition.
 
A première vue, Lumière d’Etoile joue de tous les contrastes avec le Cimetière des Cathédrales.
 
Au vert émeraude de la luxuriante jungle amazonienne succèdent les paysages lunaires du désert mexicain, dominés par des couleurs minérales de jaune et d'ocre.

La transition entre ces deux mondes est habilement rendue par la première planche de l'album qui  superpose un sombre océan de jade et un littoral de sable doré.

Rork ne fait plus équipe avec une bande d’explorateurs mais commence par évoluer seul jusqu’au pueblo de Low Valley.
 
En réalité, l’album s’inscrit dans une parfaite continuité stylistique avec l’épisode précédent.
 
Andreas perfectionne encore son art du découpage et alterne planches ultra-structurées (pp. 13, 15, 20, 25, 32, 49..), split screens (pp. 26, 27), et plans panoramiques (pp. 4, 7, 8, 12, 24...).
 
L’analogie avec le montage cinématographique fonctionne toujours parfaitement et on peut qualifier Andreas de véritable « réalisateur graphique ».
 
Le scénario est bien conçu avec un suspense autour de l’expérience de la Lumière d’Etoile et permet de découvrir une attachante galerie de personnages secondaires dont certains croiseront de nouveau le chemin de Rork.
 
Andreas donne à son récit une coloration mythologique à travers le personnage de Blei, Pégase des temps modernes.
 
La menace du maléfique Dahmaloch continue de planer sur notre héros à travers quelques peintures indiennes.
 
Lumière d’Etoile ne livre toujours pas de réponse aux questions existentielles posées par Rork et nous oriente vers le prochain opus et la rencontre entre Rork et Capricorne à New York.
 
En revanche, le dénouement final se rapproche puisque Rork donne rendez-vous à Low Valley « chez lui » dans 9 mois seulement (contre un an à Yosta à la fin du Cimetière).
 
Au final, s’il se positionne plutôt comme un album de transition entre le Cimetière des Cathédrales (qui ouvre un nouvelle séquence dans le cycle après le prologue de Fragments et de Passages) et Capricorne (qui marque une accélération dans les révélations sur Rork), Lumière d’Etoile n'en constitue pas moins un épisode attachant et élégant de la saga.
 

samedi 19 mars 2011

Andreas // Rork (T3) Le Cimetière des Cathédrales

Andreas // Rork (T3) Le Cimetière des Cathédrales

L'histoire :

Une équipe d'explorateurs parcourt la jungle sud-américaine à la recherche des traces d'un groupe de catholiques exilés à l'époque de l'Inquisition espagnole. Ceux-ci, issus d'une lignée d'architectes ayant mis au point un nombre incalculables de plans et de méthodes de constructions de cathédrales, ont disparu depuis des siècles et les érudits cherchent à savoir ce que leur communauté est devenue. 

Alors que les explorateurs sont confrontés à la dangereuse population indienne de la jungle, Rork apparait soudainement à leurs côtés, revenu dans le monde réel suite à sa disparition en fin de tome précédent.  


Le Cimetière des Cathédrales // Retour sur Terre


Mon avis :


Le troisième tome marque une rupture dans les aventures de Rork
Désormais, les albums racontent des histoires complètes et Andreas commence à introduire les personnages qui l'accompagneront jusqu'à la conclusion de la saga.


Le prologue et la conclusion du récit mettent en scène pour la première fois les chouettes qui semblent en savoir long sur Rork et qui annoncent son "retour" prochain.
Le diabolique Damaloch fait une furtive apparition tandis que le destin de Yosta croise celui de Rork qui lui promet de le revoir dans un an.


Le style graphique d'Andréas fait merveille. Il enchaîne les styles (le journal du Professeur Wallace, les enluminures contant l'histoire des "Chavoisiens"), les découpages audacieux (p. 36, p. 43...) et les planches grandioses (la découverte du Cimetière des Cathédrales est probablement la meilleure de la série).


Le scénario est toujours à la hauteur.


Une fois qu'on a vécu le choc du Cimetière des Cathédrales, on ne peut que devenir inconditionnel des aventures de Rork.


Le Cimetière des Cathédrales

dimanche 13 mars 2011

Andreas // Rork (T1) Fragments + (T2) Passages

Rork Tome 1 / Fragments (couverture)

T1 : Fragments

Le premier tome des aventures de Rork se distingue par sa structure. Il se présente comme un recueil de petites nouvelles graphiques autonomes. En effet, Rork n'était pas initialement conçu comme une série ni même comme un album cohérent. Andreas travaillait pour la revue Tintin/Hello BD à qui il livrait les aventures fantastiques de Rork à un rythme irrégulier de 1978 à 1980.
Les premières histoires de Rork seront finalement regroupées dans le bien nommé album Fragments en 1984.

Un recueil de nouvelles lovecraftiennes

Fragments rassemble ainsi "Un Siècle pour une Maison" dans laquelle Rork rencontre le jeune écrivain Bernard Wright (allusion au dessinateur de comics Bernie Wrightson qui réalisa l'illustration mythique d'un Frankenstein et dont les gravures en premières pages sont une référence directe, de l'avis même d'Andreas) confronté à une mystérieuse menace.

Bernie Wrightson // Frankenstein
Dans l'épisode "Point Fatal", Rork rejoint son ami Adam Neels (en hommage à Neal Adams, autre dessinateur inspirant Andreas) qui lui dévoile sa découverte (comment trouver le point fatal de chaque sphère permettant de la faire éclater d'une simple pression).
Dans "La Tâche", Rork est confronté pour la première fois à une créature extraterrestre assez mal intentionnée.
Rork fait ensuite la connaissance d'une mystérieuse jeune femme qui a perdu la mémoire sous l'effet d'une force tellurique dans "Low Valley" (qui devient son nom) et qui se révèle dotée de puissants pouvoirs télékinésiques ("Fragments").
La Tâche extraterrestre s'empare de l'esprit de Miss Deliah Darkthorn ("Le Retour de la Tâche") , le véritable nom de Low Valley, et entraîne "Rork à New York" dans le dernier épisode de l'album, qui se révèle un traquenard (a priori) mortel pour notre étrange enquêteur.

Dans ce premier tome, on apprend très peu de choses sur le personnage de Rork lui-même, son histoire, sa formation, ses motivations profondes. On comprend simplement qu'il s'agit d'un personnage empli de mystères et de connaissances ésotériques, avides de résoudre les énigmes, et dont l'existence est connue de forces puissantes et invisibles (c'est à l'aide de Rork qu'ont fait appel la civilisation aquatique d'"Un Siècle pour une Maison").

Rork Tome 1 / Fragments (Un Siècle pour une Maison)

Néanmoins, Fragments préfigure quelques éléments structurants de la série Rork.
Au niveau du scénario, on retrouve l'influence de Lovecraft et Poe dans le goût pour l'horreur et le fantastique.

L'épisode "Low Valley" marque une évolution dans le style graphique d'Andreas. Le trait et les coloris s'affinent. 
On commence à percevoir le talent d'Andreas, qui prendra toute son virtuosité dans les albums suivants, pour structurer les pages.

Andreas aime truffer ses images d'éléments secrets qui ne peuvent être découverts qu'après plusieurs relectures.
Dans "Point Fatal", en page 23, dans la case qui décrit dans une vue d'oiseau l'attaque du repaire de Neels par les villageois, on découvre que la maison est soutenue par un dispositif aérien de câbles destinés à soulager la pression sur ses fondations (le chercheur croit qu'il a établi son laboratoire sur le Point Fatal de la Terre).
Sur la page suivante, lorsque Rork évoque la puissance des forces qui menacent la planète, on aperçoit dans le ciel étoilé un point bleu qui évoque le vaisseau qui a préalablement bombardé le domicile de Neels.

De plus les trois derniers histoires sont connectées et la "conclusion" du dernier épisode est une invitation claire à la poursuite de la série.


Rork Tome 2 / Passages (couverture)

Tome 2 : Passages

Passages est le miroir autant que la suite de Fragments.

Des réponses et des questions
 
Contrairement au précédent opus, Passages est conçu comme un véritable album, cohérent et linéaire.
 
L’enquête du détective privé Raffington Event (qui dispose de sa propre série chez Andreas) sur la mort de Rork est le prétexte à une série de flash-back qui raconte la vie du héros jusqu’à sa « disparition ».
 
L’album est balisé d’étapes qui répondent aux questions non résolues sur les motivations de Rork posées par les nouvelles de Fragments et est organisé pour relier les intrigues et les personnages en un flux cohérent.
 
La scène finale rassemble d’ailleurs tous les acteurs du premier tome autour du personnage central.
 
On découvre ainsi l’origine super-naturelle de Rork (p. 16 : l'apparition de Rork,  p. 50 : "Imaginez seulement : un homme d'apparemment 30 ans mais qui en a 300!",  p. 20 : son don de prescience...).
 
Rork Tome 2 / Passages (page 19)

Son intelligence et sa curiosité hors du commun lui ont valu d’être initié à de multiples secrets ésotériques par Tanemanar (le Maître des Rêves) et surtout au secret des Passages qui lui permet d’accéder à des mondes parallèles.
 
Néanmoins, il n’a le droit d’utiliser ce pouvoir qu’une seule fois, au risque de subir les foudres de Pharass, le gardien du Passage.
 
On apprend que Rork a échappé à l’attentat de la fin de Fragments en utilisant ce pouvoir pour la seconde fois.
 
En effet, dans une précédente aventure qui nous rappelle l’ambiance du premier album et fait intervenir le personnage de Bernard Wright, Rork  fut contraint de migrer vers un autre monde afin d'échapper à une mort atroce.
 
Dès lors, il est traqué par Pharass.
 
Personnage intéressant que ce gardien du passage qui est le miroir inversé de Rork. Il a le cheveu aussi noir que la chevelure de Rork est blanche. A l’inverse, il est tout vêtu de blanc tandis que Rork s’habille en noir.
 
S’il se range dans le camp des méchants (il a organisé l’incendie de la maison d’enfance de Rork), son rôle est assez ambivalent. C’est lui qui libère Miss Deliah Darkthorn et Ebezener de l’influence maléfique de la Tâche et ses intentions à l’égard de Rork sont motivées par des considérations assez nobles (il craint que les pouvoirs de Rork ne nuisent à l’équilibre du monde).
 
Au final, on comprend que l’utilisation d’un Passage par Rork a conduit à déséquilibrer un univers parallèle et que le corps et l’esprit du héros sont restés en suspens entre la Terre et tous les mondes  parallèles.
 
Tous les héros des Fragments se rassemblent autour du corps en lévitation de Rork.
 
Passages offrent donc beaucoup de réponses sur le personnage de Rork (son enfance, son initiation à l’ésotérisme, sa nature surhumaine, ses pouvoirs) mais ne dévoile pas l’essentiel : l’origine du héros (qui sont ses parents ?) et son destin (comment et pourquoi est-il sur Terre) ?



Pour conclure, on peut dire que l’apport principal de cet album est de donner une cohérence à la saga Rork en reliant les intrigues et les personnages et d’ouvrir une perspective sur la suite de la légende.



Le style Andréas
 
Il faut aussi noter la montée en puissance de la signature graphique d’Andreas.

Dans un style cinématographique, il invente en permanence des découpages de planches pour dynamiser l’action (pp. 26) ou  entretenir le suspense (p. 48).

Le jeu sur les couleurs est inventif.
Les rêves ultra-colorés de Rork enfant en pp. 17-18 sont ultra-colorés pour souligner leur fantasmagorie tandis que l'histoire sur la disparition de Bernard Wright ne repose que sur une gamme chromatique très limitée qui renforce l'effet flash-back de l'histoire et son caractère oppressant autant que le réalisme de la séquence suivante relatant l'évasion de Rork.
Dans le Cimetière des Géants, Andreas retire des couleurs (pp. 26-28) à mesure que Rork s'enfonce dans le monde parallèle avec son passeur.

Cet épisode où Tanemanar initie Rork au secret des Passages offre une belle illustration de la maîtrise d'Andreas.

La page 24 est composée de 6 cases verticales disposées les unes à côté des autres, occupant toute la page.
On démarre au-dessus de Rork et son maître. A mesure qu'ils s'enfoncent dans la forêt, on s'approche d'eux, puis on s'en éloigne de nouveau, et on finit par se retrouver très en deçà des deux personnages.
La page dessine donc deux diagonales. La caméra descend de l'extrême haut/droit vers l'extrême bas/gauche tandis que les personnages suivent les extrêmes inverses à mesure qu'ils évoluent dans la forêt.

Rork Tome 2 / Passages (page 42)