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mercredi 8 février 2012

Brugeas - Toulhoat // Block 109 : New York 1947

A l’hiver 1947, un commando est dépêché sur l’île de Manhattan ravagée par le feu nucléaire, afin d’évaluer les résultats d’un virus expérimental et récupérer le contenu d’un coffre-fort… 

Troisième sequel issue de l'univers Block 109. 



L'histoire : 

8 mai 1945. A la tête du Reich nazi depuis l’assassinat d’Hitler, Himmler ordonne l’opération Nuit Noire. Le feu nucléaire s’abat la côte Est américaine, pendant deux mois. New-York est rayé de la carte. Mais alors que l’île de Manhattan avait été jusqu’alors « relativement » préservée, au printemps 1947, un virus expérimental y est testé. L’hiver de la même année, un petit de groupe de soldats germaniques est dépêché au pied de feu la Statue de Liberté. Le commando est composé d’un officier, d’un sniper, d’un éclaireur, d’un professeur, d’un spécialiste et d’un journaliste. 6 hommes pour une mission au double objectif : évaluer les résultats de l’attaque bactériologique et récupérer le contenu confidentiel d’un coffre d’une banque de Manhattan. Une progression difficile commence au milieu des ruines des gratte-ciels abîmés, rapidement interrompue par la mort « accidentelle » du reporter et photographe…



Mon avis :

Brugeas et Toulhoat poursuivent dans cet épisode leur exploration d'un monde ravagé par les nazis.

Après un détour par la Russie aérienne dans Etoile Rouge et l'Afrique tropicale dans Opération Soleil de Plomb, la saga renoue avec l'univers urbain du premier épisode.

Après les références à Coppola d'Opération Commando, l'inspiration serait plutôt ici à trouver du côté de John Carpenter (Escape from New York).

Si le scénario et la galerie de personnage sont assez classiques, le dessin continue de progresser et la mise en scène conserve sa fluidité et son dynamisme.

Les auteurs sont parvenus à inscrire cet épisode dans la série (bien plus que les deux précédents opus) en y intégrant des éléments d'explication ou de développement du premier tome (l'origine des contaminés, le lien entre Zytek et New York) tout en lui maintenant une parfaite autonomie.

On attend la suite avec impatience.

Scénario : Vincent Brugeas
Dessin : Ronan Toulhoat
Edition : Akiléos
Date de parution : Dispo





jeudi 5 janvier 2012

Andreas // Rork (T7) Retour



A la fin de chaque album de la série, les nouveaux personnages rencontrés par Rork conviennent de se retrouver "chez Rork".

Dans Retour, tous se retrouvent à New York.

Les mystères disposés tout au long de la saga sont résolus dans ce dernier volume.

Andreas avait tant de choses à exprimer qu'il souhaitait conclure avec un super-album mais y renonça finalement devant le supplément sur le prix de vente exigé par Le Lombard.

C'est pourquoi Retour est beaucoup moins aéré que le reste de la série, Andreas tentant de réduire la taille des cases afin d'utiliser au maximum l'espace de chaque page.

Au final, devant la foule d'information délivrée à travers un schéma complexe combinant intrigues parallèles et flashbacks, le résultat est confus et exige une grande concentration de la part du lecteur.

Il n'en reste pas moins que Retour est une digne conclusion de cette flamboyante saga.

L'épilogue, symbolique et mystique, est d'une beauté intellectuelle dans son sens de la synthèse, d'une simplicité et d'une maîtrise à couper le souffle.

mercredi 12 octobre 2011

Andreas // Rork (T6) Descente



L'histoire

Rork est attiré dans le cercle polaire par une mystérieuse météorite.

Il découvre le corps de cinq explorateurs dans un état comateux.


Mon avis

Pour l'avant dernier épisode de la série, Andreas sort les gros moyens.

Descente est certainement l'album le plus travaillé de la saga dans la narration et le découpage des planches, à partir d'une histoire très simple.

La page 17 par exemple illustre le talent d'Andreas pour guider l'oeil du lecteur dans le mouvement du personnage :


Les planches multiplient les prouesses graphiques. parmi tant d'autres on peut citer les pages 36-37, qui font écho au travail de Lumière d'Etoile.


La "descente" dans la météorite est en bien entendu une métaphore de la démarche introspective de Rork qui s'interroge tout au long de son exploration de la météorite sur le sens de ses aventures.


Rork fait enfin la connaissance des derniers personnages qui orchestreront la fin chorale de la série.

lundi 19 septembre 2011

Andreas // Rork (T5) Capricorne



L'histoire

Comme il l'avait promis à la fin de Lumière d'Etoile, Rork conduit Sy-Ra, fille de Deliah Darkthorn, à New-York, pour rencontrer Capricorne et tenter de la réveiller de son état cataleptique.

Mon avis

Capricorne est un épisode décisif de la série Rork.

Pour la première fois, les révélations s'enchaînent sur le héros : la signification du mot "Rork", son origine "extra-terrestre", la perspective de la Descente et du Retour, le rôle du Cube Numérique...

L'identité des Menteurs de Vries, les geôliers de Rork durant sa suspension entre les mondes, est révélée.

L'album est l'occasion de découvrir une rafale de nouveaux personnages dont Manga, énigmatique expert en arts martiaux, ou Mordor Gott, ennemi juré de Capricorne.
Ce dernier fera l'objet d'un sequel épique, amorcé dans les 5 planches de prologue de l'album qui annoncent les premiers actes de la nouvelle saga.

L'accélération se ressent aussi dans une action beaucoup plus marquée que dans les précédents épisodes.

Andreas continue de multiplier les prouesses graphiques.

La série continue donc sa montée en puissance et amorce avec Capricorne la conclusion du cycle.

jeudi 11 août 2011

Andreas // Rork (T4) Lumière d'Etoile

  
L'histoire :

A peine sorti de son aventure amazonienne du Cimetière des Cathédrales, Rork débarque au Mexique et reçoit une mystérieuse invitation à rejoindre un village isolé dans le désert.

Il y retrouvera Low Valley dont il avait perdu la trace lors de son dernier Passage et participera à une  expérience ésotérique et cosmique nimbée de Lumière d’étoile aux pouvoirs extraordinaire.
 
 
Mon avis : 

Contraste, continuités et transition.
 
A première vue, Lumière d’Etoile joue de tous les contrastes avec le Cimetière des Cathédrales.
 
Au vert émeraude de la luxuriante jungle amazonienne succèdent les paysages lunaires du désert mexicain, dominés par des couleurs minérales de jaune et d'ocre.

La transition entre ces deux mondes est habilement rendue par la première planche de l'album qui  superpose un sombre océan de jade et un littoral de sable doré.

Rork ne fait plus équipe avec une bande d’explorateurs mais commence par évoluer seul jusqu’au pueblo de Low Valley.
 
En réalité, l’album s’inscrit dans une parfaite continuité stylistique avec l’épisode précédent.
 
Andreas perfectionne encore son art du découpage et alterne planches ultra-structurées (pp. 13, 15, 20, 25, 32, 49..), split screens (pp. 26, 27), et plans panoramiques (pp. 4, 7, 8, 12, 24...).
 
L’analogie avec le montage cinématographique fonctionne toujours parfaitement et on peut qualifier Andreas de véritable « réalisateur graphique ».
 
Le scénario est bien conçu avec un suspense autour de l’expérience de la Lumière d’Etoile et permet de découvrir une attachante galerie de personnages secondaires dont certains croiseront de nouveau le chemin de Rork.
 
Andreas donne à son récit une coloration mythologique à travers le personnage de Blei, Pégase des temps modernes.
 
La menace du maléfique Dahmaloch continue de planer sur notre héros à travers quelques peintures indiennes.
 
Lumière d’Etoile ne livre toujours pas de réponse aux questions existentielles posées par Rork et nous oriente vers le prochain opus et la rencontre entre Rork et Capricorne à New York.
 
En revanche, le dénouement final se rapproche puisque Rork donne rendez-vous à Low Valley « chez lui » dans 9 mois seulement (contre un an à Yosta à la fin du Cimetière).
 
Au final, s’il se positionne plutôt comme un album de transition entre le Cimetière des Cathédrales (qui ouvre un nouvelle séquence dans le cycle après le prologue de Fragments et de Passages) et Capricorne (qui marque une accélération dans les révélations sur Rork), Lumière d’Etoile n'en constitue pas moins un épisode attachant et élégant de la saga.
 

samedi 19 mars 2011

Andreas // Rork (T3) Le Cimetière des Cathédrales

Andreas // Rork (T3) Le Cimetière des Cathédrales

L'histoire :

Une équipe d'explorateurs parcourt la jungle sud-américaine à la recherche des traces d'un groupe de catholiques exilés à l'époque de l'Inquisition espagnole. Ceux-ci, issus d'une lignée d'architectes ayant mis au point un nombre incalculables de plans et de méthodes de constructions de cathédrales, ont disparu depuis des siècles et les érudits cherchent à savoir ce que leur communauté est devenue. 

Alors que les explorateurs sont confrontés à la dangereuse population indienne de la jungle, Rork apparait soudainement à leurs côtés, revenu dans le monde réel suite à sa disparition en fin de tome précédent.  


Le Cimetière des Cathédrales // Retour sur Terre


Mon avis :


Le troisième tome marque une rupture dans les aventures de Rork
Désormais, les albums racontent des histoires complètes et Andreas commence à introduire les personnages qui l'accompagneront jusqu'à la conclusion de la saga.


Le prologue et la conclusion du récit mettent en scène pour la première fois les chouettes qui semblent en savoir long sur Rork et qui annoncent son "retour" prochain.
Le diabolique Damaloch fait une furtive apparition tandis que le destin de Yosta croise celui de Rork qui lui promet de le revoir dans un an.


Le style graphique d'Andréas fait merveille. Il enchaîne les styles (le journal du Professeur Wallace, les enluminures contant l'histoire des "Chavoisiens"), les découpages audacieux (p. 36, p. 43...) et les planches grandioses (la découverte du Cimetière des Cathédrales est probablement la meilleure de la série).


Le scénario est toujours à la hauteur.


Une fois qu'on a vécu le choc du Cimetière des Cathédrales, on ne peut que devenir inconditionnel des aventures de Rork.


Le Cimetière des Cathédrales

mardi 15 mars 2011

Brugeas - Toulhoat // Block 109 : Opération Soleil de Plomb

Brugeas - Toulhoat // Opération Soleil de Plomb (couverture)

L'histoire

Août 1945, l’Allemagne nazie a pris pied sur le continent africain.
Octobre 1946, la SS entre au Congo belge, afin de prendre le contrôle de ses mines d’uranium et de coltan. Sur place, la résistance, qui semble être organisée par un reliquat des forces Alliés, commandé par le Général Leclerc, met les forces allemandes à rude épreuve. Le Reich décide alors d’y envoyer une unité constituée d’hommes des légions pénales. Sa mission : trouver Leclerc et ses hommes, et les éliminer.

Brugeas - Toulhoat // Opération Soleil de Plomb (planche 27)

Mon avis

On est soulagé de voir que la série uchronique de Brugeas et Toulhoat puisse encore donner quelque chose après un second tome aérien (Etoile Rouge) aussi décevant que le premier épisode était brillant (Block109).

En effet, on lit avec plaisir les aventures de la SS au coeur de l'enfert vert du Congo belge.

Le dessin réaliste est de très bonne facture et les scènes de bataille brillamment réalisées.

Les références à "Apocalypse Now" (l'action a été transposée par Coppola au Vietnam mais le livre de Conrad place à l'origine l'intrigue au Congo) ou "Platoon" sont explicites et assumées par les auteurs qui remercient les réalisateurs en introduction.

Dommage que l'on ne retrouve toujours pas la complexité du scénario du premier volet de la série.

Très bien tout de même!


Brugeas - Toulhoat // Opération Soleil de Plomb (planche 32)

Block 109 : Opération soleil de plomb
Scénario :
Vincent Brugeas
Dessin : Ronan Toulhoat
Edition : Akiléos
Date de parution :
Dispo

dimanche 13 mars 2011

Andreas // Rork (T1) Fragments + (T2) Passages

Rork Tome 1 / Fragments (couverture)

T1 : Fragments

Le premier tome des aventures de Rork se distingue par sa structure. Il se présente comme un recueil de petites nouvelles graphiques autonomes. En effet, Rork n'était pas initialement conçu comme une série ni même comme un album cohérent. Andreas travaillait pour la revue Tintin/Hello BD à qui il livrait les aventures fantastiques de Rork à un rythme irrégulier de 1978 à 1980.
Les premières histoires de Rork seront finalement regroupées dans le bien nommé album Fragments en 1984.

Un recueil de nouvelles lovecraftiennes

Fragments rassemble ainsi "Un Siècle pour une Maison" dans laquelle Rork rencontre le jeune écrivain Bernard Wright (allusion au dessinateur de comics Bernie Wrightson qui réalisa l'illustration mythique d'un Frankenstein et dont les gravures en premières pages sont une référence directe, de l'avis même d'Andreas) confronté à une mystérieuse menace.

Bernie Wrightson // Frankenstein
Dans l'épisode "Point Fatal", Rork rejoint son ami Adam Neels (en hommage à Neal Adams, autre dessinateur inspirant Andreas) qui lui dévoile sa découverte (comment trouver le point fatal de chaque sphère permettant de la faire éclater d'une simple pression).
Dans "La Tâche", Rork est confronté pour la première fois à une créature extraterrestre assez mal intentionnée.
Rork fait ensuite la connaissance d'une mystérieuse jeune femme qui a perdu la mémoire sous l'effet d'une force tellurique dans "Low Valley" (qui devient son nom) et qui se révèle dotée de puissants pouvoirs télékinésiques ("Fragments").
La Tâche extraterrestre s'empare de l'esprit de Miss Deliah Darkthorn ("Le Retour de la Tâche") , le véritable nom de Low Valley, et entraîne "Rork à New York" dans le dernier épisode de l'album, qui se révèle un traquenard (a priori) mortel pour notre étrange enquêteur.

Dans ce premier tome, on apprend très peu de choses sur le personnage de Rork lui-même, son histoire, sa formation, ses motivations profondes. On comprend simplement qu'il s'agit d'un personnage empli de mystères et de connaissances ésotériques, avides de résoudre les énigmes, et dont l'existence est connue de forces puissantes et invisibles (c'est à l'aide de Rork qu'ont fait appel la civilisation aquatique d'"Un Siècle pour une Maison").

Rork Tome 1 / Fragments (Un Siècle pour une Maison)

Néanmoins, Fragments préfigure quelques éléments structurants de la série Rork.
Au niveau du scénario, on retrouve l'influence de Lovecraft et Poe dans le goût pour l'horreur et le fantastique.

L'épisode "Low Valley" marque une évolution dans le style graphique d'Andreas. Le trait et les coloris s'affinent. 
On commence à percevoir le talent d'Andreas, qui prendra toute son virtuosité dans les albums suivants, pour structurer les pages.

Andreas aime truffer ses images d'éléments secrets qui ne peuvent être découverts qu'après plusieurs relectures.
Dans "Point Fatal", en page 23, dans la case qui décrit dans une vue d'oiseau l'attaque du repaire de Neels par les villageois, on découvre que la maison est soutenue par un dispositif aérien de câbles destinés à soulager la pression sur ses fondations (le chercheur croit qu'il a établi son laboratoire sur le Point Fatal de la Terre).
Sur la page suivante, lorsque Rork évoque la puissance des forces qui menacent la planète, on aperçoit dans le ciel étoilé un point bleu qui évoque le vaisseau qui a préalablement bombardé le domicile de Neels.

De plus les trois derniers histoires sont connectées et la "conclusion" du dernier épisode est une invitation claire à la poursuite de la série.


Rork Tome 2 / Passages (couverture)

Tome 2 : Passages

Passages est le miroir autant que la suite de Fragments.

Des réponses et des questions
 
Contrairement au précédent opus, Passages est conçu comme un véritable album, cohérent et linéaire.
 
L’enquête du détective privé Raffington Event (qui dispose de sa propre série chez Andreas) sur la mort de Rork est le prétexte à une série de flash-back qui raconte la vie du héros jusqu’à sa « disparition ».
 
L’album est balisé d’étapes qui répondent aux questions non résolues sur les motivations de Rork posées par les nouvelles de Fragments et est organisé pour relier les intrigues et les personnages en un flux cohérent.
 
La scène finale rassemble d’ailleurs tous les acteurs du premier tome autour du personnage central.
 
On découvre ainsi l’origine super-naturelle de Rork (p. 16 : l'apparition de Rork,  p. 50 : "Imaginez seulement : un homme d'apparemment 30 ans mais qui en a 300!",  p. 20 : son don de prescience...).
 
Rork Tome 2 / Passages (page 19)

Son intelligence et sa curiosité hors du commun lui ont valu d’être initié à de multiples secrets ésotériques par Tanemanar (le Maître des Rêves) et surtout au secret des Passages qui lui permet d’accéder à des mondes parallèles.
 
Néanmoins, il n’a le droit d’utiliser ce pouvoir qu’une seule fois, au risque de subir les foudres de Pharass, le gardien du Passage.
 
On apprend que Rork a échappé à l’attentat de la fin de Fragments en utilisant ce pouvoir pour la seconde fois.
 
En effet, dans une précédente aventure qui nous rappelle l’ambiance du premier album et fait intervenir le personnage de Bernard Wright, Rork  fut contraint de migrer vers un autre monde afin d'échapper à une mort atroce.
 
Dès lors, il est traqué par Pharass.
 
Personnage intéressant que ce gardien du passage qui est le miroir inversé de Rork. Il a le cheveu aussi noir que la chevelure de Rork est blanche. A l’inverse, il est tout vêtu de blanc tandis que Rork s’habille en noir.
 
S’il se range dans le camp des méchants (il a organisé l’incendie de la maison d’enfance de Rork), son rôle est assez ambivalent. C’est lui qui libère Miss Deliah Darkthorn et Ebezener de l’influence maléfique de la Tâche et ses intentions à l’égard de Rork sont motivées par des considérations assez nobles (il craint que les pouvoirs de Rork ne nuisent à l’équilibre du monde).
 
Au final, on comprend que l’utilisation d’un Passage par Rork a conduit à déséquilibrer un univers parallèle et que le corps et l’esprit du héros sont restés en suspens entre la Terre et tous les mondes  parallèles.
 
Tous les héros des Fragments se rassemblent autour du corps en lévitation de Rork.
 
Passages offrent donc beaucoup de réponses sur le personnage de Rork (son enfance, son initiation à l’ésotérisme, sa nature surhumaine, ses pouvoirs) mais ne dévoile pas l’essentiel : l’origine du héros (qui sont ses parents ?) et son destin (comment et pourquoi est-il sur Terre) ?



Pour conclure, on peut dire que l’apport principal de cet album est de donner une cohérence à la saga Rork en reliant les intrigues et les personnages et d’ouvrir une perspective sur la suite de la légende.



Le style Andréas
 
Il faut aussi noter la montée en puissance de la signature graphique d’Andreas.

Dans un style cinématographique, il invente en permanence des découpages de planches pour dynamiser l’action (pp. 26) ou  entretenir le suspense (p. 48).

Le jeu sur les couleurs est inventif.
Les rêves ultra-colorés de Rork enfant en pp. 17-18 sont ultra-colorés pour souligner leur fantasmagorie tandis que l'histoire sur la disparition de Bernard Wright ne repose que sur une gamme chromatique très limitée qui renforce l'effet flash-back de l'histoire et son caractère oppressant autant que le réalisme de la séquence suivante relatant l'évasion de Rork.
Dans le Cimetière des Géants, Andreas retire des couleurs (pp. 26-28) à mesure que Rork s'enfonce dans le monde parallèle avec son passeur.

Cet épisode où Tanemanar initie Rork au secret des Passages offre une belle illustration de la maîtrise d'Andreas.

La page 24 est composée de 6 cases verticales disposées les unes à côté des autres, occupant toute la page.
On démarre au-dessus de Rork et son maître. A mesure qu'ils s'enfoncent dans la forêt, on s'approche d'eux, puis on s'en éloigne de nouveau, et on finit par se retrouver très en deçà des deux personnages.
La page dessine donc deux diagonales. La caméra descend de l'extrême haut/droit vers l'extrême bas/gauche tandis que les personnages suivent les extrêmes inverses à mesure qu'ils évoluent dans la forêt.

Rork Tome 2 / Passages (page 42)

jeudi 29 juillet 2010

Brugeas - Toulhoat // Block 109 : Etoile Rouge

Le 22 juillet 1944, l’URSS est envahie par les troupes du IIIe Reich. Le 12 octobre de cette même année, les pilotes du 3e Groupe de Chasse “Normandie” atterrissent à Ivanovo pour combattre aux côtés des troupes soviétiques.
À travers Etoile Rouge, c’est l’épopée glorieuse et tragique de cette escadrille que nous vous
proposons de suivre, en s’attachant plus particulièrement au destin de trois de ses pilotes français.


Etoile Rouge est un spin off du réussi Block109, qui devient donc une série « uchronique » sur la Seconde Guerre Mondiale.

D’autres épisodes sont d’ailleurs dans les tuyaux.

Le dessin est toujours assez réussi mais on retrouve pas la complexité scénaristique et le suspense du premier opus, et la fin est ratée.

C’est dommage, espérons que la suite redressera la barre.

lundi 5 juillet 2010

Arts : Le Havre 2010 // Biennale d'art contemporain


Du 1er au 31 octobre 2010 se déroulera la 3ème édition de la biennale d’art contemporain du Havre

L’événement s’attachera à explorer les relations actuelles liant la bande dessinée à l’art contemporain.

La bande dessinée possède depuis longtemps déjà ses maîtres du trait, de la composition, de la planche et de l’art du récit. Pour ne citer qu’eux, il y eut George Herriman avec Krazy Kat ou encore Frank O.King avec Gasoline Alley. Destiné, en apparence, à un public pour enfants, l’Histoire a passé sous silence le graphisme étourdissant des récits d’un Calvo ou d’un Franquin.

La contre-culture des années 1970 participera à la légitimité future de la bande dessinée. Elle ne sera plus instrumentalisée, mais gagnera en autonomie.
 
Des auteurs tels Robert Crumb, Moebius, Philippe Druillet ou encore Enki Bilal surent s’affranchir des critères traditionnels et amorcèrent une importante transition : la bande dessinée quitta son statut de « genre » et devint un « format », au même titre que la peinture ou la sculpture.

La biennale d’art contemporain du Havre se veut le témoin et l’écho, non pas de cette mutation, mais de cette lente progression.

Seront présentées des œuvres de Vaughn Bodé, Jochen Gerner, Ilan Manouach, Ruppert & Mulot, le collectif Atrabile,… œuvres en résonnance avec des artistes comme Jean Michel Alberola, Wim Delvoye, Christophe Blanc, Pauline Fondevila, Francesc Ruiz…

Un lieu spécifique sera dédié à la 2ème édition du Prix Partouche du film expérimental contemporain où les réalisations en compétition privilégient
le graphisme.

Différents espaces accueilleront des ateliers élaborés par des artistes en résidence, permettant ainsi au public de participer à la manifestation.

(Texte issu du site consacré à la Biennale).

mercredi 24 mars 2010

Largo Winch (2008)


Le milliardaire Nerio Winch est retrouvé noyé. Une mort forcément suspecte quand on sait qu'il s'agit du fondateur et principal actionnaire du puissant et tentaculaire Groupe W.
Qui va hériter de cet empire économique ? Officiellement Nerio n'avait pas de famille. Mais il cachait un secret : un fils, Largo, adopté presque trente ans plus tôt dans un orphelinat bosniaque. Seul problème, ce jeune héritier vient d'être jeté dans une prison du fin fond de l'Amazonie. Accusé de trafic de drogue, il clame son innocence.
Nerio assassiné. Largo emprisonné. Et si ces deux affaires faisaient partie d'un seul et même complot visant à prendre le contrôle de l'empire Winch ?


A priori, le scénario de Largo Winch, mélange de Wall Street et de James Bond, se prête bien à l’adaptation cinématographique.

Il est néanmoins toujours risqué de s’attaquer à des séries BD aussi développées et populaires, tant les attentes des fans sont nombreuses et exigeantes.

Dans l’ensemble, le film de Jérôme Salle est plutôt fidèle à l’esprit de la BD.

Le rythme est enlevé et on retrouve bien ce mix d’action musclée, de jolies filles et d’intrigue géopolitico-financière qui fait le charme de la version papier.

La réalisation est efficace et les acteurs plutôt convaincants.

Ca se regarde donc assez bien.

Néanmoins, le film s’égare un peu dans les atermoiements sentimentaux d’un personnage central en quête d’identité.

L’humour et l’autodérision, très présents dans la bande dessinée sont beaucoup moins marqués dans le film, sans que les aspects psychologiques parviennent à donner une réelle épaisseur au scénario.

Le film perd sur les deux tableaux et, au final, on ne voit pas très bien ce que Largo Winch apporte de plus qu’un Jason Bourne ou un bon 007.

La suite programmée pour 2010 me prouvera peut être le contraire…

Bande annonce :

Réalisé par Jérôme Salle
Avec Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Miki Manojlovic

Durée : 01h48min

lundi 15 mars 2010

La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, volume 1


C’est un grand plaisir de découvrir à travers ce premier volume les péripéties victoriennes de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires.

Le célèbre Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta) y scénarise les aventures de l’explorateur Allan Quatermain, allié au brutal Dr Jekyll/Mr Hyde, et à un Capitaine Nemo fanatique.

Un vicieux homme invisible et une femme, Mrs Murray, au passé mystérieux complètent l’équipe.

Ces assemblages biscornus de légendes vivantes, créées initialement par divers auteurs dans des aventures bien séparées, sont d’ailleurs un classique de la BD de genre, et plus particulièrement dans le comics de super héros (Ligue des Justiciers, Avengers…).

La vie collective de tous ces personnages aux caractères bien trempés, d’un naturel plutôt égocentrique et habitués à travailler en solo, génère toutes sortes de conflits et finit invariablement par fonctionner face à un grand méchant fédérateur.

Pour la LGE, c’est une source infinie de gags et de rebondissements qui stimule un récit de structure assez classique dans ce type d’aventure (constitution de l’équipe, première mission, découverte de la manipulation, ultime affrontement).

On ne s’ennuie jamais devant une succession de saynètes qui alternent enquêtes policières et action débridée.

L’humour est très présent, notamment au travers du capitaine de l’équipe, Mrs Murray, femme indépendante et intrépide, qui a fort à faire avec sa bande de héros souvent ridicules et désordonnés.

Moore n’hésite pas à bousculer la légende des personnages en appuyant sur leurs doutes… ou leurs vices affichés.

Le dessin de Kevin O’Neill est très réussi avec des flamboyances cinématographiques.

On pense plus à Lawrence d’Arabie (Quatermain égaré dans les souks arabes) ou au 55 Jours de Pékin (la bataille dans Chinatown) qu’à la version ciné de 2003.

Enfin, les auteurs ont eu la brillante idée de faire appel à un narrateur externe qui introduit chaque chapitre d’une prose ampoulée et apocalyptique (délicieusement anachronique dans ses accents colonialistes et darwiniens) à la manière des journaux populaires de l’époque.

Vivement la suite !

Site officiel

dimanche 14 février 2010

Brugeas - Toulhoat // Block 109


Après avoir détruit l’Occident, le IIIe Reich agonise à son tour sous les coups de l’Armée Rouge. Pour Zytek, le maître de l’Allemagne, il ne reste qu’une seule solution: une attaque virale majeure.
Malgré le refus du Haut Conseil, le virus provoque déjà des ravages dans les ruines de Marienburg. Les contaminés, transformés en monstres sanguinaires, s’attaquent aux soldats isolés des deux camps. Seule l’escouade du sergent Steiner parvient à s’échapper d’une funeste rencontre.
Ce dernier et ses camarades sont-ils la dernière chance de l’humanité ? Et quel est véritablement l’objectif de Zytek, l’omnipotent seigneur du Reich ?


Voici une excellente bande dessinée que l'on lit d'une traite.

La victoire du IIIe Reich, l'assassinat d'Hitler et la guerre de succession qui s'ensuit, le maintien d'un front éternel contre l'Armée Rouge, constituent un riche terreau scénaristique.

Block 109 raconte avant tout une histoire de guerre qui relate du point de vue nazi l'affrontement entre Allemands et Russes sur le front de l'Est. En parallèle, les intrigues politiques se succèdent à Berlin, rythmées par les complots, la constitution d'alliances précaires et d'incessantes trahisons...

Le scénario négocie un habile virage vers le fantastique lorsque l'impitoyable Zytek libère ses "Cavaliers de l'Apocalypse".

Le dessin évoque les premiers Bilal. Des coloris à dominante grise, rehaussés de quelques touches de couleurs, renforcent le sentiment de désespoir inspiré par ce monde ravagé.

Une mise en scène soignée, très cinématographique, attentive au maintien du suspense, nous amène irrésistiblement jusqu'à un final apocalyptique

En outre, la vacuité du régime totalitaire est implacablement dénoncée. Malgré la réalisation des objectifs hitlériens (destruction totale des puissances de l'Ouest, extermination des Juifs...), les nazis n'en finissent pas d'entretenir la guerre pour la guerre, seul moyen pour eux de maintenir leur pouvoir et leur écrasante main-mise sur l'Europe...

Il n'y a vraiment rien à reprocher à ce premier album de Brugeas (scenario) et Toulhoat (dessin), dont on suivra avec attention les prochaines réalisations.

Laissez vous tenter par Carré d'As, spin-off horrifique dévoilant le style (quoique plus coloré que l'album), et une partie du scénario de Block 109, de même que la bande-annonce de l'album :